Trouvez les réponses à un grand nombre de questions relatives au multilinguisme et au Plan Marnix.
Le plan Marnix pour un Bruxelles multilingue est une initiative collective qui vise à promouvoir l’apprentissage précoce et cohérent de plusieurs langues au sein de l’ensemble de la population bruxelloise. Il privilégie le français, le néerlandais et l’anglais, tout en encourageant la transmission de toutes les langues maternelles.
Le plan Marnix gère un site web, publie une newsletter électronique et organise des évènements publics. Notre espoir est qu’il puisse produire un impact notable en connectant, en informant et en encourageant. Le plan Marnix vise en effet à bâtir des centaines de ponts enjambant les nombreux clivages qui segmentent la population bruxelloise. Il veut remplacer l’ignorance, la rivalité et la méfiance mutuelles par un climat d’appréciation, d’émulation et de soutien réciproques. Il veut identifier les nombreuses et précieuses initiatives existantes et les entrelacer au sein d’un passionnant projet commun. Il veut constater sur le terrain que ce qui fonctionne pour certaines personnes dans certains contextes ne fonctionne pas pour toutes les personnes dans tous les contextes, et il veut en conclure, non pas que le multilinguisme est hors d’atteinte pour beaucoup, mais plutôt que sa propagation requiert un effort intelligent et sensible au contexte. Le plan Marnix entend convaincre tous les habitants de la capitale de l’Europe qu’apprendre des langues et aider les autres à les apprendre doit être une activité quotidienne normale, économiquement bénéfique pour chacun d’entre eux, absolument cruciale pour le dynamisme durable de Bruxelles dans son ensemble, et en outre enrichissante et gratifiante de multiples manières.
Le plan Marnix repose sur deux convictions. D’une part, l’apprentissage des langues en général, mais surtout l’acquisition d’une connaissance adéquate du français, du néerlandais et de l’anglais, sont exceptionnellement importants pour les citoyens bruxellois. D’autre part, le contexte bruxellois, s’il est judicieusement mobilisé, rend la réalisation d’un tel multilinguisme plus réaliste qu’ailleurs.
La maîtrise du français, du néerlandais et de l’anglais est en effet primordiale pour ceux qui grandissent à Bruxelles, non seulement pour les aider à trouver un emploi dans la capitale et dans son hinterland, mais également pour leur donner la possibilité de s’établir confortablement soit en Flandre, soit en Wallonie, à mesure que le territoire bruxellois se sature. De plus, la connaissance de ces langues est extrêmement importante pour le dynamisme économique de la ville et pour son bon fonctionnement en tant que capitale de l’Union européenne. Le principal atout collectif de la population grandissant à Bruxelles est sa capacité de servir de lien efficace entre d’une part l’activité internationale opérant de plus en plus en anglais à Bruxelles-Capitale et d’autre part les deux régions voisines dont cette activité dépend de multiples manières.
En même temps, l’apprentissage de ces langues devrait être moins difficile à Bruxelles qu’ailleurs, pour autant qu’il soit possible de mobiliser la richesse linguistique et la bonne volonté de nombreux citoyens de la région et de ses environs. Ceci exige que l’on encourage l’apprentissage précoce et l’enseignement innovant de plus d’une langue dans toutes les écoles bruxelloises, mais aussi la mise en place d’une collaboration efficace entre les écoles, les médias, les partenaires sociaux, les associations bénévoles et surtout les familles.
Le français, l’anglais et le néerlandais sont, dans cet ordre, les langues les plus pratiquées à Bruxelles. Mais ce ne sont pas les langues maternelles les plus répandues. Au sein de la population bruxelloise, il existe aujourd’hui davantage de personnes ayant l’arabe comme langue maternelle que de personnes de langue maternelle anglaise. Par ailleurs, au niveau mondial, on compte bien plus de personnes dont la langue maternelle est le chinois ou l’espagnol que de personnes dont la langue maternelle est le français ou le néerlandais. Toutefois, le statut dont jouissent ces deux dernières langues à Bruxelles-même et dans les deux régions voisines, ainsi que le rôle joué par l’anglais au sein et autour des institutions européennes, rendent crucial l’apprentissage de ces trois langues par les Bruxellois pour des raisons économiques, administratives et politiques. Le privilège ainsi accordé à ces trois langues est parfaitement compatible avec une attitude de respect et d’appréciation à l’égard des nombreuses autres langues, grandes et petites, parlées dans la région, et avec la promotion de leur apprentissage.
En 2005, la Wallonie s’est dotée d’un « Plan Marshall ». Ce dont Bruxelles a besoin en priorité aujourd’hui, ce n’est pas d’un plan d’investissement dans ses infrastructures, mais d’un plan de développement des compétences linguistiques de ses habitants. Et pour le baptiser, nul besoin d’un général américain. Philippe de Marnix de Sainte-Adelgonde (1540-1598) est né et a grandi à Bruxelles. En tant que proche collaborateur de Guillaume d’Orange dit le Taciturne - l’aristocrate bruxellois aujourd’hui considéré comme le père fondateur des Pays-Bas -, Philippe de Marnix est devenu l’une des figures clé de la révolte calviniste contre la domination espagnole. Il était un remarquable polyglotte et a publié des ouvrages en latin, en français et en néerlandais. Il est représenté sur la façade d’une école primaire à Bruxelles, dans le quartier des Marolles, tenant à la main son traité posthume sur l’éducation de la jeunesse, Ratio instituendae juventutis . Cet ouvrage contient le premier plaidoyer connu en faveur de l’enseignement en immersion linguistique et de l’apprentissage précoce de plusieurs langues.
Malgré l’homonymie, le Plan Marnix n’a aucun lien avec le Marnixring, un « service club international » (sur le modèle Rotary Club) actif principalement en Flandre et fondé en 1968 pour « servir la communauté linguistique et culturelle néerlandaise ».
Le plan Marnix est une initiative émanant de la société civile bruxelloise. Elle a pour origine lointaine un atelier organisé en mai 2010 par l’asbl Aula Magna sur les leçons que Bruxelles pouvait tirer des exemples barcelonais et luxembourgeois en matière d’apprentissage linguistique. Les grandes lignes du plan ont ensuite été définies en juin 2012 lors d’une séance de brainstorming à laquelle ont participé des personnes issues de l’enseignement bruxellois francophone, néerlandophone et européen, mais aussi des organisations syndicales et patronales de Bruxelles, des institutions européennes, des médias bruxellois, de plusieurs universités et de diverses associations directement concernées. L’événement inaugural a eu lieu à la salle Zinneke du Brussels Information Point le 23 septembre 2013.
Le plan Marnix est coordonné par Alex HOUSEN (professeur de linguistique appliquée et doyen de la Faculté de Lettres et de Philosophie de la Vrije Universiteit Brussel), Philippe VAN PARIJS (professeur invité à l’UCLouvain, la KU Leuven et l’Institut universitaire européen) et Nell FOSTER (conseillère pédagogique et enseignante d’anglais à l’Université libre de Bruxelles, doctorante en sociolinguistique à l’Université de Gand), qui a remplacé en 2018 Anna SOLE MENA (Commission européenne). L’initiative a bénéficié d’une subvention octroyé par la Fondation Roi Baudouin et la Loterie Nationale. Pour le reste, elle dépend entièrement de la collaboration bénévole de personnes convaincues de la nécessité de rendre la population bruxelloise plus multilingue et désireuses d’y contribuer.
La Région de Bruxelles-Capitale et ses dix-neuf communes sont officiellement bilingues, ce qui signifie que le néerlandais et le français y bénéficient du statut de langues officielles. Dans ces communes, tous les documents officiels, les déclarations publiques, les noms des rues et les panneaux routiers doivent être bilingues. Les administrations communales s’adressent aux citoyens bruxellois en français ou en néerlandais, selon la langue que ceux-ci préfèrent. Dans l’enseignement obligatoire public ou subventionné, tant au niveau primaire que secondaire, les cours doivent être dispensés soit en français, soit en néerlandais. En revanche, les communes de Flandre et de Wallonie ne possèdent pour la plupart qu’une seule langue officielle, à savoir le néerlandais en Flandre et le français en Wallonie. Cette langue est utilisée aussi bien dans les relations officielles entre les citoyens et les autorités publiques que dans l’enseignement public ou subventionné. Toutefois, il existe des exceptions : parmi les communes wallonnes, neuf possèdent l’allemand comme langue officielle, deux bénéficient de « facilités linguistiques » en allemand et quatre de « facilités linguistiques » en néerlandais, tandis que douze communes flamandes, y compris six communes adjacentes à la Région de Bruxelles-Capitale, disposent de « facilités linguistiques » en français. Ces communes dites à facilités autorisent, de manière limitée, l’emploi d’une deuxième langue dans les domaines administratif et scolaire.
Du Moyen Âge au 19ème siècle, la langue maternelle de la grande majorité des habitants du territoire actuel de la région bruxelloise a toujours été un dialecte néerlandais. Langue de la Cour du duc de Bourgogne, le français fut introduit au 15ème siècle et est resté la langue des élites bruxelloises tout au long des siècles suivants. La situation a changé après 1830, lorsque Bruxelles a été promue capitale d’un état francophone officiellement unilingue et que l’enseignement primaire est devenu accessible à un nombre croissant d’enfants. Ce changement a progressivement mené à la francisation de la population locale ainsi qu’à celle des immigrants flamands. Même après la reconnaissance du néerlandais en tant que seconde langue officielle de la Belgique en 1898, ce processus de francisation s’est poursuivi, avec pour conséquence que le français est graduellement devenu la langue maternelle d’une grande majorité de la population. Toutefois, au cours de ces dix dernières années, l’immigration massive provenant de pays européens et non-européens a provoqué une hausse spectaculaire de la diversité linguistique.
Les données fiables les plus récentes sont basées sur un échantillon représentatif constitué de plus de 2500 adultes domiciliés dans la région de Bruxelles-Capitale, qui ont été interrogés dans le cadre d’une enquête menée en 2017 pour le quatrième Taalbarometer de la Vrije Universiteit Brussel . Ces chiffres peuvent être comparés à des données similaires récoltées en 2000, 2006 et 2011, ainsi qu’à des données récoltées en 2018 dans le « Vlaamse Rand », soit les 19 communes du Brabant flamand entourant Bruxelles (y compris les six communes à facilités linguistiques) et totalisant environ 400.000 habitants.
Le tableau suivant indique les pourcentages des personnes interrogées qui mentionnent les diverses langues lorsqu’on leur demande quelles langues ils parlaient à la maison durant leur enfance, soit de manière exclusive, soit en combinaison avec d’autres.
| Langue Maternelle | 2001 | 2006 | 2011 | 2017 | Rand 2018 |
| FRANCAIS | 71 | 76.4 | 63.2 | 73 | 37.4 |
| NEERLANDAIS | 19.3 | 15.6 | 19.6 | 16.3 | 55.9 |
| ANGLAIS | 2.9 | 2.3 | 2.5 | 2.6 | {{
}} |
| ARABE | 9.7 | 6.9 | 21.1 | 8.9 | {{
}} |
| ESPAGNOL | 2.5 | 2.9 | 3 | 3 | {{
}} |
| ALLEMAND | 1.6 | 1.8 | 0.9 | 2.2 | {{
}} |
| ITALIEN | 2.5 | 3.2 | 2.5 | 2.2 | {{
}} |
| TURC | 3.3 | 1.4 | 4.5 | 1.3 | {{
}} |
Source : Rudi Janssens, Meertaligheid als opdracht. Een analyse van de Brusselse taalsituatie op basis van taalbarometer 4, VUB Press, 2018, table 21 ; Rudi Janssens, De Rand vertaald. Een analyse van de taalsituatie op basis van taalbarometer 2 van de Vlaamse Rand, VUB Press, 2019, tableau 23 ; et Rudi Janssens, communication personnelle, pour les langues autres que le néerlandais et le français.
Près de 30% des Bruxellois (et davantage parmi les plus jeunes) disent avoir parlé plusieurs langues à la maison pendant leur enfance, par exemple le néerlandais, l’arabe ou le turc combiné avec le français 1. En 2017, 52.2 % des personnes interrogées disent avoir le français pour unique langue parlée à la maison dans l’enfance et 5.6% le néerlandais. Dans le Vlaamse Rand (2018), ces pourcentages sont de 20.4% pour le français et 45.0 pour le néerlandais2.
1 { R. Janssens, Meertaligheid als opdracht, VUB 2018, tableaux 22 et 23.
2 R. Janssens, De Rand vertaald, VUB Press, 2019, tableau 23}
Personne ne peut savoir avec certitude combien de langues sont parlées par les Bruxellois. Dans leurs échantillons d’environ 2500 personnes, les Taalbarometers en détectent plus de cent. Mais vu que plus de 180 pays ont des ressortissants à Bruxelles et que beaucoup de ces pays sont multilingues, le nombre de ces langues doit être encore bien plus élevé.
Le tableau suivant indique les pourcentages des adultes bruxellois qui disent parler bien ou très bien les principales langues parlées à Bruxelles et, à titre de comparaison, dans sa périphérie flamande, selon les données des quatre Taalbarometers bruxellois et celles du Taalbarometer 2018 pour le Vlaamse Rand1 :
| Connaissance bonne ou très bonne |
|| 2001 | ||
| FRANCAIS (FR) | 95.5 | 95.6 | 88.5 | 87.1 | 79.6 |
| NEERLANDAIS (NL) | 33.3 | 28.3 | 23.1 | 16.3 | 68.5 |
| ANGLAIS (EN) | 33.3 | 35.4 | 29.7 | 34.4 | 50.0 |
| ARABE | 10.1 | 6.6 | 17.9 | 9.1 | 4.6 |
| ESPAGNOL | 6.9 | 7.4 | 8.9 | 4.9 | 11.7 |
| ALLEMAND | 7.1 | 5.6 | 7.0 | 3.2 | 19.1 |
| ITALIEN | 4.7 | 5.7 | 5.2 | 3.5 | 6.6 |
| TURC | 3.3 | 1.5 | 4.5 | 1.4 | 1.8 |
| FR+NL | 32.8 | 27.0 | 20.8 | 13.6 | 51.7 |
| FR+NL+EN | 16.4 | 15.1 | 11.6 | 6.2 | 33.2 |
Pour les différents niveaux de connaissance des trois langues principales, les Taalbarometers pour la région de Bruxelles-Capitale (2017) et (entre parenthèses) pour le Vlaamse Rand (2018) 2 donnent les pourcentages suivants :
|| FRANCAIS | NEERLANDAIS | ANGLAIS ||
| Très bon connaissance | 67.8 (55.1) | 9.2 (56.5) | 12.0 (19.7) |
| Bonne connaissance | 19.3 (24.5) | 7.1 (12.0) | 22.4 (30.3) |
| Se débrouille | 12.0 (15.0) | 20.3 (15.4) | 26.0 (24.6) |
| Connait quelques mots | 0.7 (4.1) | 43.0 (10.9) | 18.7 (12.4) |
| Connaissance nulle | 0.1 (1.3) | 20.5 (5.1) | 20.8 (13.1) |
À la lumière de ces chiffres, on peut dire que, s’il y a en Belgique un territoire bilingue français-néerlandais, c’est le Vlaamse Rand (51.7%) et non Bruxelles-Capitale (13.6%). Le déclin rapide de la bonne connaissance des deux langues officielles à Bruxelles depuis 2000 n’est que partiellement compensé par la légère progression de la troisième « langue-lien », l’anglais. En 2017, 7.6% de la population bruxelloise dit ne pouvoir bien parler ni le français, ni le néerlandais, ni l’anglais, contre seulement 3% en 2000. Cette évolution s’explique principalement par la diversité et la fluidité croissantes de la population bruxelloise. Entre 2000 et 2017, celle-ci est passée d’environ 950.000 à environ 1.200.000 unités. Au cours de la même période, environ 1.200.000 personnes se sont installées à Bruxelles, la plupart (800.000) en provenance de l’étranger, et environ 1.100.000 l’ont quittée, la plupart (600.000) à destination du reste de la Belgique. Le déclin du pourcentage de Bruxellois parlant bien ou très bien le français et/ou le néerlandais n’exclut donc pas que d’innombrables personnes aient, durant leur séjour à Bruxelles, considérablement amélioré leur connaissance du français et du néerlandais.
{1 R. Janssens, Meertaligheid als opdracht, VUB Press,, 2018, tableau 4 ; De Rand Vertaald, VUB Press, 2019, tableau 8.
2 R. Janssens, De Rand vertaald, VUB Press, 2019, tableau 6.}
Dans les écoles publiques et subventionnées de la Région de Bruxelles-Capitale, les cycles primaire et secondaire durent chacun six ans. Ces écoles dépendent soit de la Communauté française (la Fédération Wallonie-Bruxelles, dont relèvent 76 % des élèves bruxellois et pratiquement tous les élèves wallons), soit de la Communauté flamande (la Vlaamse Gemeenschap, dont relèvent 18 % des élèves bruxellois et tous les élèves de Flandre), les 6% restant fréquentant les écoles européennes ou des écoles internationales privées. En vertu d’une loi nationale qui date de 1963, l’enseignement de la seconde langue nationale est obligatoire, aussi bien en primaire qu’en secondaire, dans toutes les écoles des deux Communautés situées dans la Région de Bruxelles-Capitale ou dans les communes limitrophes à facilités linguistiques.
En ce qui concerne l’enseignement francophone, il faut distinguer la situation présente de la situation qui sera graduellement mise en place — à partir de 2021 pour le primaire, à partir de 2026 pour le secondaire — suite à la réforme adoptée en avril 2019 sous le nom de « Pacte d’Excellence ». Dans les écoles primaires francophones de Bruxelles, le néerlandais est actuellement supposé être dispensé à raison de trois heures par semaine en troisième et quatrième années et à raison de cinq heures par semaine en cinquième et sixième années. Dans les écoles primaires francophones de Wallonie, la deuxième langue peut être le néerlandais, l’anglais ou l’allemand, et est actuellement enseignée à raison de deux heures par semaine en cinquième et sixième années. Le Pacte d’excellence ne modifiera pas le volume horaire à Bruxelles, mais introduira la deuxième langue en troisième et quatrième primaires en Wallonie, à raison de deux heures par semaine. L’examen final de l’enseignement primaire (le Certificat d’Études de Base ou C.E.B.) ne tient compte, ni en Wallonie ni à Bruxelles, de l’apprentissage de la deuxième langue.
Pendant les deux premières années de l’enseignement secondaire francophone à Bruxelles, tous les élèves suivent actuellement quatre heures de néerlandais par semaine, et quatre heures d’anglais ou de néerlandais dans les écoles wallonnes. À partir de la troisième année, il y a une grande différence entre les cursus — général, technique ou professionnel. Avec la mise en place du Pacte d’excellence, le tronc commun est allongé de deux à trois ans. En première année, il y a quatre heures de deuxième langue, la même qu’en primaire, donc nécessairement le néerlandais à Bruxelles. En deuxième et troisième, la deuxième langue passe de quatre à trois heures et une troisième langue moderne est ajoutée — à Bruxelles , l’anglais — également à raison de trois heures par semaine, ainsi que le latin, à raison de deux heures par semaine. Pour les trois dernières années du secondaire, les élèves se répartiront entre l’enseignement de transition (vers l’enseignement supérieur) ou l’enseignement de qualification (anciennement « professionnel »). Dans certaines écoles et certaines sections de transition, il y aura, comme aujourd’hui, la possibilité d’ajouter d’autres langues, qui peuvent inclure l’allemand, l’italien, l’espagnol, l’arabe ou le russe. Dans l’enseignement qualifiant, un effort sera fait pour introduire un enseignement des langues adapté à la spécificité de chaque métier et mettre fin à la situation présente, où bon nombre d’élèves sortant d’une section professionnelle n’ont eu aucun cours de langue au cours des quatre années qu’ils y ont passé.
D’après les chiffres du Taalbarometer 2017, 8% des Bruxellois de moins de trente ans issus de l’enseignement francophones bruxellois disent pouvoir parler le néerlandais bien ou très bien, alors qu’ils étaient encore 20% en 2000. Bien qu’il dise faire des langues une de ses priorités, le Pacte d’excellence a peu de chances de redresser ce chiffre. Le volume horaire en primaire est doublé en Wallonie mais reste inchangé à Bruxelles. La deuxième langue ne compte toujours pas dans le CEB et la difficulté de recruter des instituteurs compétents pour enseigner le néerlandais à Bruxelles sera encore accrue par le gonflement de l’enseignement des langues en Wallonie. En outre, pour les premières trois années du secondaire, alors que le latin est rendu obligatoire pour tous, le volume consacré au néerlandais diminuera (de quatre à trois heures en deuxième). Le peu d’enthousiasme affiché par la Communauté française pour favoriser et valoriser l’apprentissage du néerlandais à Bruxelles est parfois motivé par le souci de ne pas handicaper la scolarité d’élèves wallons arrivant à Bruxelles en cours d’études. Hélas, le doublement des heures de deuxième langue dans l’enseignement primaire wallon n’y changera pas grand chose, le choix étant laissé en Wallonie entre le néerlandais et l’anglais et une majorité choisissant l’anglais.
Dans les écoles primaires néerlandophones de Bruxelles, le français est obligatoire comme deuxième langue à partir de la troisième année (seulement à partir de la cinquième en Flandre), mais beaucoup d’écoles néerlandophones bruxelloises offrent déjà un enseignement du français dès la première année. À la fin de l’école primaire, les élèves doivent avoir atteint le niveau A1 du cadre de référence commun européen pour les langues.
Tous les élèves des écoles secondaires néerlandophones doivent apprendre au moins deux langues étrangères. Selon la section choisie, les élèves de première et deuxième année ont trois, quatre ou cinq heures de français par semaine. Ils ont également deux ou trois heures d’anglais (à partir de la première année dans l’enseignement officiel, à partir de la deuxième dans l’enseignement libre). À partir de la troisième année, et de nouveau en fonction de la section choisie, le français et l’anglais sont enseignés au moins deux heures par semaine, et, dans la plupart des cas, trois ou quatre heures par semaine. Une quatrième langue (outre le néerlandais, le français et l’anglais) peut être choisie en cinquième et sixième années dans certaines sections (par exemple langues modernes ou tourisme). Cette quatrième langue, enseignée une heure par semaine ou davantage, est généralement l’allemand ou l’espagnol.
Dans l’enseignement secondaire néerlandophone, environ 20% de l’horaire est normalement consacré à l’enseignement des langues. L’objectif est qu’en fin de secondaire les élèves atteignent le niveau B1 du cadre de référence européen tant pour le français que pour l’anglais.
D’après le Taalbarometer 2017 1, 69% des Bruxellois de moins de trente ans issus de l’enseignement néerlandophone bruxellois disent pouvoir parler le néerlandais bien ou très bien et 72% pour l’anglais. Ces chiffres signalent une détérioration sensible par rapport à 2000 (94% et 78%, respectivement), mais ils restent beaucoup plus élevés que les chiffres correspondants pour l’enseignement francophone bruxellois (8% pour le néerlandais et 41% pour l’anglais). L’objectif du trilinguisme généralisé est manifestement un objectif plus réaliste pour l’enseignement néerlandophone que pour l’enseignement francophone bruxellois, du moins si l’apprentissage du néerlandais n’y est pas drastiquement réformé.
1 R. Janssens, Meertaligheid als opdracht, VUB 2018, tableau 46.
Il existe actuellement quatre Écoles européennes permanentes à Bruxelles : Bruxelles I à Uccle, Bruxelles II à Woluwé, Bruxelles III à Ixelles et Bruxelles IV à Laeken. Il y a également une école temporaire à Forest (Berkendael). Un des objectifs des Écoles européennes est d'offrir un environnement multinational, multiculturel et multilingue à une population linguistiquement et culturellement diverse. Par conséquent, l’enseignement des langues joue un rôle primordial dans le programme scolaire des Écoles européennes.Tous les élèves de ces écoles apprennent au moins deux langues en plus de leur langue maternelle.
Après deux ans d'école maternelle (de 4 à 6 ans), l'enseignement dispensé par les écoles européennes se poursuit pendant cinq ans à l'école primaire (de 7 à 11 ans) et sept ans à l'école secondaire (de 12 à 18 ans). Actuellement, les 24 langues officielles de l'Union européenne sont enseignées en tant que première langue (L1).
|| Sections Linguistiques dans les Écoles Éuropéenes de Bruxelles - 2018/2019 | ||
| School | BU | CZ | DE | DK | EN | EL | ES | ET | FI | FR | HU | IT | LT | LV | NL | PL | PT | RO | SK | SV | Total |
| Bxl I | | | x | x | x | | x | | | x | x | x | | | | x | | | | | 8 |
| Bxl Berkendael | | | | | | | | | | x | | | | x | | | | | x | | |
| Bxl II | | | x | | x | | | | x | x | | x | x | | x | | x | | | x | 9 |
| Bxl III | | x | x | | x | x | x | | | x | | | | | x | | | | | | 7 |
| Bxl IV | x | | x | | x | | | x | | x | | x | | | x | | | x | | | 7 |
| Total | 1 | 1 | 4 | 1 | 4 | 1 | 2 | 1 | 1 | 5 | 1 | 3 | 1 | 1 | 3 | 1 | 1 | 1 | 1 | 1 | 35 |
Pour 17 de ces langues, il existe au moins une section linguistique distincte dans les Écoles européennes de Bruxelles. Chacune d’elles dispose de sections en anglais, en français et en allemand, tandis que les autres sections linguistiques sont réparties entre les écoles, comme indiqué dans le tableau. Les élèves dont la langue maternelle est une langue officielle de l'Union européenne qui n’a pas de section linguistique propre (le croate, l'estonien, le lituanien, le slovaque, le slovène) peuvent intégrer une des sections des langues dites véhiculaires (DE, EN et FR). Ces élèves sans section linguistique (Students Without A Language Section ou SWALS) bénéficient de cours supplémentaires dans leur langue maternelle (L1). Par ailleurs, les étudiants maltais et irlandais peuvent choisir d'étudier le maltais ou l'irlandais comme autre langue nationale (Other National Language ou ONL) et ce, dès la maternelle.
Dans ces écoles, l'étude d'une deuxième langue ou L2 (à choisir entre l'anglais, le français et l'allemand) est obligatoire dès la première primaire. À partir de la troisième primaire, la L2 est également utilisée comme langue d’enseignement pour les cours d'« heures européennes », mais aussi parfois pour les cours d'art, de musique ou d'éducation physique. À partir de la troisième secondaire, les cours d'histoire et de géographie sont dispensés en L2, tout comme le cours d'économie et quelques autres cours à option qui peuvent être choisis à partir de la quatrième année. Dans les deux dernières années du secondaire, en fonction des cours à options choisis, certains élèves suivent un enseignement dispensé jusqu'à 50 % en L2.
Dès la première année secondaire, tous les élèves doivent apprendre une troisième langue vivante (L3). Ils peuvent en outre choisir d'étudier le latin à partir de la troisième secondaire, une quatrième langue (L4) à partir de la quatrième secondaire, et même une cinquième langue s'ils le désirent. Les langues L3 et L4 peuvent en principe être choisies parmi les 24 langues officielles, en tenant compte des possibilités locales. La langue L5 peut-être n’importe quelle langue (par exemple le chinois), pour autant qu’il y ait une demande suffisante. Les langues L3 et L4 peuvent aussi être utilisées pour certains cours à option en fin de secondaire.
Les cours de langues et les cours qui ne se donnent pas dans la langue L1 mélangent des élèves de différentes nationalités et sont pour la plupart dispensés par des enseignants ayant ces langues comme langues maternelle. L’interaction quotidienne à la cour de récréation, dans les couloirs et dans les cafétérias, en particulier entre élèves partageant des cours en L2 et L3, favorise l’apprentissage d’autres langues et la prise de conscience du fait que leur usage n’est pas seulement indispensable mais qu’il va de soi.
En 2019, le Conseil Supérieur des Écoles européennes a approuvé le principe d’une réforme profonde du curriculum linguistique. Elle prévoit notamment un commencement plus précoce pour la troisième langue (L3) : en quatrième primaire plutôt qu’en deuxième secondaire. Elle prévoit également l’élargissement du choix des langues L2 : outre l’allemand, l’anglais et le français, la langue de la ville d’accueil de l’école (si elle n’est aucune de ces trois langues) peut aussi être choisie. Si son approbation est confirmée, cette réforme devrait entrer en vigueur en 2020-2021.
Véritables écoles bilingues. Les écoles européennes sont officiellement multilingues. Mais ne serait-il pas logique que, dans une ville officiellement bilingue, toutes les autres écoles soient des écoles bilingues ? C'est le cas, par exemple, à Barcelone avec le catalan et l’espagnol, à Singapour avec l’anglais et (selon le cas) le chinois, le tamoul ou le malais, ou au Grand-Duché de Luxembourg, où le luxembourgeois, l'allemand et le français sont utilisés comme langues d'instruction, dans des proportions différentes en fonction de l'année scolaire, en plus du luxembourgeois en maternelle. À Bruxelles, la demande pour de telles écoles existe, comme l’atteste le nombre croissant de parents non-néerlandophones qui placent leurs enfants dans des écoles néerlandophones, ainsi que les enquêtes d'opinion qui indiquent qu’une grande majorité des Bruxellois voudrait des écoles bilingues (90% selon le Taalbarometer 2017). En mai 2013, peu après son entrée en fonction comme ministre-président de la Région de Bruxelles-Capitale, Rudi Vervoort a déclaré qu'il était déterminé à « se battre pour des écoles bilingues ». En septembre 2017, à l’initiative du Ministre Guy Vanhengel, une formation d’instituteurs bilingues a été mise en place, grâce à la collaboration de la Haute École Francisco Ferrer et de l’Erasmushogeschool, pour pallier à la pénurie d’instituteurs dotés de bonnes connaissances des deux langues. En avril 2019, les recteurs de l’Université libre de Bruxelles et de la Vrije Universiteit Brussel ont rendu public un projet de création d’écoles secondaires multilingues, où le français, le néerlandais et l’anglais seraient utilisés comme langues d’instruction. Ce projet a reçu un large appui mais n’a pas été retenu dans l’accord de majorité pour la législature 2019-2024 à Bruxelles-Capitale.
Le débat sur le projet des recteurs a cependant permis de clarifier les conditions institutionnelles d’écoles bilingues (voir La création d’écoles bilingues en RBC). Les Communautés flamande et française ont actuellement le monopole de l’enseignement publiquement subventionné à Bruxelles, avec respectivement le néerlandais et le français comme langue unique d’instruction. La législation linguistique de 1963 ne devrait cependant pas exclure la possibilité d’écoles ayant le français et le néerlandais comme langues d’instruction, et plusieurs communes se sont déclarées disposées à constituer les pouvoirs organisateurs de telles écoles. La difficulté principale consiste à doter une instance du pouvoir de réguler et financer cet enseignement. L’Etat fédéral en a le droit mais n’est actuellement pas équipé pour s’en charger ni disposé à en déléguer la compétence à la région bruxelloise. Par ailleurs, il faudra pouvoir relever le défi de recruter et de stabiliser assez d’enseignants avec les qualifications requises pour enseigner les diverses matières en néerlandais.
Immersion dans des écoles francophones. L’école dite « d’immersion » peut être considérée comme une version modeste de l’école bilingue. Depuis 1998, la Communauté française a permis à certaines de ses écoles de devenir des écoles d'immersion. Pour se conformer à la législation linguistique, cet enseignement de certaines matières dans une langue autre que le français est présenté comme une manière d’apprendre cette deuxième langue (dite langue d’immersion), plutôt que comme l’usage d’une véritable seconde langue d'instruction. En 2019-2020, il y avait 185 écoles primaires francophones (dont 20 situées à Bruxelles) qui proposaient un tel enseignement pour le néerlandais ou l’anglais, avec jusqu’à 70% de l’horaire dans la langue d’immersion (voir la liste) . En 2017-2018, il y en avait 128 au niveau secondaire (dont 23 à Bruxelles) (voir la liste). A Bruxelles, l'immersion est toujours en néerlandais en primaire et durant les deux premières années du secondaire. Cette immersion peut, en principe, se poursuivre en anglais les années suivantes, mais l'offre est restée très restreinte jusqu'à présent. L'enseignement dans la deuxième langue varie de 8 à 18 heures par semaine. Malgré la publicité dont elle est l’objet, l'immersion reste un phénomène marginal dans les écoles de la Communauté française.
Immersion dans les écoles néerlandophones . La Communauté néerlandophone est officiellement moins favorable aux écoles d'immersion, en particulier en ce qui concerne Bruxelles et sa périphérie, et n’offre pas d’enseignement en immersion aux niveaux maternel et primaire. La raison avancée est que la plupart des élèves des écoles néerlandophones de la Région bruxelloise n'ont pas le néerlandais comme langue familiale. Par conséquent, pour ces élèves, suivre les cours en néerlandais constitue déjà une forme de submersion. La crainte porte en particulier sur le fait que l’utilisation du français comme deuxième langue d'instruction lorsque la plupart des élèves ont le français comme langue maternelle (ou comme langue de la rue) risque de nuire tellement à l'apprentissage du néerlandais que les élèves n'atteindront jamais le niveau requis en néerlandais pour réussir leurs études secondaires et supérieures. Des études montrent cependant que ceci n’est pas nécessairement le cas. Malgré ces considérations et l’attitude réservée des autorités, quelques écoles bruxelloises ont proposé des cours en immersion pour l’italien, l’espagnol et l’arabe pendant une trentaine d’années et jusqu'en 2011, à l'initiative de l'association Foyer basée à Molenbeek. La formule utilisée permettait aux élèves ayant ces langues maternelles de mieux les apprendre à l’école, mais les autres élèves n’étaient pas impliqués. Quelques écoles continuent à tester l'immersion dans le cadre du projet Stimob (Stimulating Multilingual Education in Brussels), où un certain nombre d’heures supplémentaires (par exemple des heures de répétition en mathématiques) sont données en français.
Pour une percée de l’enseignement en immersion dans l’enseignement néerlandophone, il a fallu attendre la décision du Parlement flamand du 10 juillet 2013, qui a autorisé un enseignement en immersion (sous le nom de Content and Language Integrated Learning ou CLIL) au niveau secondaire tant en Flandre qu’à Bruxelles sous certaines conditions. La langue d’immersion peut être le français, l’anglais ou l’allemand. Le maximum d’heures d’enseignement dans cette langue (hors cours de langue) est fixé à 20%. En 2019-2020, 123 écoles ont déjà introduit un enseignement de ce type, dont 4 à Bruxelles pour le français ou l’anglais (Meertalig Atheneum Woluwe, GO! Atheneum Etterbeek, Comenius Campus Koekelberg en Atheneum GO for Business in Molenbeek).
Audiovisuel. Les chaînes de télévision locales sont BX1 (de 1985 à 2016 Télé Bruxelles) et BRUZZ (de 1993 à 2016 TV-Brussel), diffusées respectivement en français et en néerlandais. Cependant, BRUZZ fonctionne dans une certaine mesure en trois langues. En effet, ses programmes en néerlandais sont sous-titrés en français et en anglais, tandis que les interviews en français ou en anglais sont sous-titrées dans les deux autres langues. Par ailleurs, il existe différentes chaînes de radio bruxelloises en français, en néerlandais et dans d'autres langues (par exemple, arabe, turc, anglais). FMBrussel propose des émissions aussi bien en néerlandais qu'en français. La station radio BXFM a été conçue spécialement pour les « Eurobruxellois » et diffuse des programmes en français, en anglais, en italien et en espagnol.
Presse imprimée. La Capitale est un quotidien populaire en langue française couvrant Bruxelles et le Brabant wallon. Les quotidiens nationaux francophones contiennent pour la plupart des pages dédiées à Bruxelles. L'hebdomadaire néerlandophone bruxellois Bruzz contient un supplément culturel hebdomadaire, ainsi qu'un supplément culturel quadrimestriel pour les enfants de Bruxelles (Kidsgazette), l’un et l’autre publiés en néerlandais, français et anglais.
Presse en ligne. A Bruxelles comme partout ailleurs, la presse écrite et les médias audiovisuels sont peu à peu remplacés en partie par des sites et des blogs, qui sont souvent en deux ou trois langues, voire davantage. En anglais, les principaux sites sont aujourd’hui ceux du Bulletin (jusqu’en 2012 également un hebdomadaire imprimé) et The Brussels Times (également un magazine imprimé bimensuel).
On peut qualifier de multilingue (ou de plurilingue) une personne qui connait deux langues ou plus, indépendamment de son niveau de compétence. Certaines personnes possèdent un degré de connaissance tel de ces langues qu’ils peuvent en toute circonstance passer pour des unilingues ayant la langue en question comme langue maternelle. Cependant, de telles situations sont extrêmement rares. La plupart des personnes multilingues maîtrisent leurs différentes langues à des degrés divers. En outre, la langue qu’ils tiennent pour la plus forte ou la plus faible peut varier en fonction du contexte et au cours de leur vie. Certaines pourront être meilleures pour écrire des textes formels dans une langue (par exemple, le français ou le néerlandais appris à l’école), mais meilleures dans une autre, qu’ils pourraient même être incapables d’écrire (par exemple, un dialecte flamand ou marocain) pour bavarder en famille, exprimer ses émotions ou raconter des blagues. Par conséquent, le multilinguisme présente de multiples variantes. En fin de compte, si vous êtes un multilingue et à quel point vous l’êtes dépend de votre perception de vous-même et de votre volonté à mettre en pratique les compétences que vous possédez.
Certaines communautés (pays, municipalités, écoles, etc.) sont officiellement unilingues, bilingues ou multilingues, c’est-à-dire que la communication formelle s’y effectue dans une, deux ou plusieurs langues. Ce statut officiel ne reflète cependant pas nécessairement le nombre de langues maternelles ou de langues effectivement maîtrisées ou utilisées par les membres de la communauté concernée. Par exemple, la Région de Bruxelles-Capitale est officiellement bilingue français-néerlandais, mais les données les plus récentes laissent supposer que les Bruxellois possèdent des centaines de langues maternelles différentes qu’ils continuent de parler régulièrement. Pour désigner cette multitude de langues maternelles ou de langues connues par les membres d’une communauté (qu’il s’agisse d’une famille, d’une organisation, d’une entreprise, d’une école, d’un quartier, d’une ville, d’une région ou d’un pays) on peut parler de diversité linguistique. Des communautés officiellement multilingues ou de facto linguistiquement diverses peuvent présenter des différences importantes quant au degré auquel leurs membres sont multilingues. A un extrême, les différents groupes linguistiques dont la communauté se compose sont incapables de communiquer entre eux. A l’autre extrême, chacun de ces groupes parle couramment les langues de chacun des autres. Une communauté véritablement multilingue est une communauté dont les membres sont eux-mêmes multilingues. Bruxelles sera véritablement multilingue lorsque les Bruxellois seront tous multilingues, à des degrés certes variables mais élevés.
Le multilinguisme est extrêmement fréquent, tant au niveau des individus qu’au niveau des communautés. Même les individus et les communautés apparemment unilingues se révèlent souvent multilingues après un examen approfondi. Selon les conjectures les plus fiables, plus de la moitié des êtres humains utilise au moins une langue autre que leur langue maternelle, à un moment donné de leur vie et à des degrés de compétence divers. Les meilleures estimations disponibles (voir www.ethnologue.com) font état d'environ 7 000 langues actuellement parlées ou du moins comprises dans le monde. Un calcul fort simple suffit pour en conclure qu’avec seulement quelques 200 États souverains, même si chaque langue était confinée dans un seul pays, de nombreux pays devraient posséder un niveau très élevé de diversité linguistique et, par conséquent, un nombre important de citoyens multilingues pour pouvoir fonctionner.
Jusqu’il n’y a pas si longtemps, de nombreux Européens pensaient encore qu’essayer de maîtriser plus d’une langue, et particulièrement des langues moins « distinguées » que le latin, le grec, le français ou l’allemand, embrouillerait l’esprit, rendrait asocial et même entraînerait un comportement criminel et des maladies mentales. Grâce aux nombreuses recherches menées ces dernières décennies, plus aucun membre de la communauté scientifique ne partage cette opinion. Au contraire, le multilinguisme est désormais largement perçu comme un atout, pour deux raisons principales.
Pour l’individu, l’avantage le plus évident du multilinguisme est l’accroissement de son potentiel communicatif. Cet avantage est pertinent dans de nombreux contextes. Dans le monde professionnel, des compétences en plusieurs langues augmentent souvent les chances de trouver un travail ou d’avoir accès à des emplois meilleurs. Au niveau culturel, le multilinguisme facilite la découverte de différentes cultures, de leur littérature et de leurs traditions. Socialement, il ouvre la possibilité de nouer des contacts plus riches, tant lors de voyages à l’étranger qu’à l’occasion de rencontres avec les membres de sa propre communauté multilingue, favorisant ainsi la compréhension, la tolérance et la confiance mutuelles. Dans le cas de familles aux origines mixtes ou étrangères, il permet également aux enfants de conserver des liens étroits avec leur famille étendue et de fortes attaches avec leurs racines culturelles, sans pour autant les empêcher de s’intégrer dans la communauté locale.
Outre cet avantage communicatif, de plus en plus d’études récentes ont mis en évidence une gamme d’avantages cognitifs et même neurologiques du multilinguisme précoce, pour autant que celui-ci soit géré correctement. Selon ces études, les enfants multilingues ont tendance à obtenir de meilleurs résultats en matière de flexibilité mentale, de créativité et d’analyse, et à conserver ces atouts tout au long de leur vie. D’autres recherches récentes ont établi qu’en raison de leur flexibilité neuro-cognitive accrue, les multilingues sont nettement moins enclins à développer des symptômes associés à la démence, tels que la maladie d’Alzheimer. S’ils présentent ces symptômes, c’est à un âge plus avancé et ils en souffrent moins que les personnes unilingues.
Voir aussi :
Why Bilinguals Are Smarter (2012) by Yudhihit Bhattacharjee, in New York Times, 18 March 2012,
Bilingualism: consequences for mind and brain (2012) by E. Bialystok, FI Craik, G. Luk, in Trends in Cognitive Science, 16(4), p. 240-50,
Bilingualism: the good, the bad and the indifferent (2009) by E. Bialystok, in Bilingualism: Language and Cognition, 12, p. 3-11,
Study on the Contribution of Multilingualism to Creativity (2009)
Un désavantage possible du multilinguisme concerne le degré de maîtrise que possèdent les multilingues pour chacune de leurs langues. Lorsqu’il est mesuré séparément, ce degré a tendance à être plus faible que pour les personnes unilingues. Par exemple, leur vocabulaire actif dans chaque langue tend à être plus réduit que celui des unilingues. En outre, certaines langues peuvent influencer les compétences écrites ou orales d’autres langues. Les personnes multilingues sont alors susceptibles de développer un accent ou de commettre occasionnellement des erreurs grammaticales (ce phénomène porte le nom d’interférence). Toutefois, il est évident que les connaissances linguistiques et les capacités communicatives globales des multilingues dépassent en général largement celles des unilingues. Le désavantage principal du multilinguisme au niveau individuel est donc simplement le temps et l’effort nécessaires à l’apprentissage d’une nouvelle langue, particulièrement si elle est apprise tardivement.
Au 19e siècle et pendant une grande partie du 20e, nombreux étaient ceux qui estimaient que le multilinguisme n’était pas uniquement néfaste pour les individus mais également pour les communautés. Ils pensaient ainsi qu’au sein de l’État-nation idéal, les citoyens devraient partager une langue unique et éradiquer toutes les autres. En effet, la diversité linguistique et le multilinguisme qui en résulte pourraient corrompre l’âme de la nation, ébranler le dynamisme de sa vie culturelle, menacer la paix civique et l’unité nationale, et entraver la croissance économique.
À l’heure actuelle, la conjonction de la globalisation et de la migration nous a forcés à accepter la diversité linguistique comme une réalité centrale et irréversible des communautés du 21e siècle. Dans le pire des cas, la diversité linguistique peut engendrer une fragmentation de la communauté en sous-communautés incapables de communiquer entre elles ou de partager un projet commun. De manière plus générale, il faut admettre que la gestion de la vie économique, sociale et politique au sein d’une communauté multilingue se révèle souvent plus complexe, plus laborieuse, et plus conflictuelle que la gestion d’une communauté unilingue. Cependant, certains États, tels que Singapour, le Grand-Duché du Luxembourg et la Suisse, démontrent que la diversité linguistique est compatible avec une place parmi les cinq pays les plus prospères au monde.
Le multilinguisme, entendu comme l’apprentissage généralisé de plusieurs langues par les membres d’une communauté, représente le ciment, le réseau de liens, qui peut transformer la diversité linguistique d’un handicap en un atout. En particulier, pour autant que la compétence dans les langues locales soit suffisamment diffusée, la présence durable de personnes avec un grand nombre de langues maternelles dans une ville comme Bruxelles n’offre pas seulement une chance exceptionnelle de découverte et d’appréciation d’une grande variété de cultures présentes localement, mais également une multitude de connexions économiques précieuses avec d’innombrables pays du monde. D’où l’importance de la promotion du multilinguisme à travers l’apprentissage des langues-liens (dans le cas de Bruxelles, le français, le néerlandais et l’anglais), tout en entretenant et en cultivant, autant que possible, les autres langues présentes au sein de la communauté.
À l’ère de la mondialisation, la connaissance de différentes langues est essentielle pour les entreprises qui souhaitent exercer leurs activités au niveau international. En tant que lingua franca dans une grande partie du monde, l’anglais représente un choix évident comme langue commune de communication. Cependant, le fait qu’une entreprise soit capable d’échanger dans plusieurs langues lui offre un avantage compétitif important sur ses rivales. Non seulement certains pays utilisent une lingua franca autre que l’anglais (par exemple, le français, l’espagnol, le russe ou le chinois), mais une entreprise peut également accroître son succès sur les marchés étrangers en utilisant les langues maternelles de ses clients. Elle exprime ainsi son respect pour l’identité et la culture de ceux-ci, promeut la confiance et la bonne volonté, donne la preuve de son engagement à long terme, acquiert une meilleure compréhension de la législation et des coutumes locales, et renforce l’efficacité de ses études de marché et campagnes publicitaires. De plus, la multiplicité des langues permet de recruter dans une réserve plus vaste de candidats et de rendre son personnel potentiellement plus dynamique en le diversifiant. (Voir ici). Ces différents avantages sont spécifiques aux entreprises qui opèrent au niveau mondial. Dans le contexte linguistique diversifié de Bruxelles, ils s’appliquent cependant aussi bien à des entreprises opérant localement. Un personnel multilingue leur permet en effet de créer des liens plus forts avec leurs clients et autres parties prenantes.
Le respect de la diversité linguistique de l’Europe a été une préoccupation majeure tout au long du processus d’intégration européenne et figure désormais explicitement à l’Article 22 du Traité de Lisbonne (2007). Pour le bon fonctionnement d’une Union linguistiquement diverse, il est évidemment indispensable qu’une partie suffisante de ses citoyens apprenne d’autres langues. Il n’est dès lors pas surprenant que les institutions européennes ne cessent de souligner la nécessité du multilinguisme en vue de bénéficier pleinement des avantages offerts par l’intégration européenne.
Plus concrètement, le Plan d’action de la Commission européenne de 2004 a formulé l’objectif en termes de « langue maternelle plus deux ». Un rapport de 2008, approuvé par la Commission, a précisé cet objectif: chaque citoyen européen doit acquérir, en plus de l’anglais (la lingua franca non nommée mais incontournable), une « langue personnelle adoptive » choisie parmi les langues européennes en raison d’une affinité particulière.
Alors que le bilinguisme avec l’anglais se répand rapidement à travers tout le continent européen, l’objectif plus ambitieux du trilinguisme est loin d’être atteint, et pourrait s’avérer inaccessible dans de nombreuses régions d’Europe. Cependant, à Bruxelles, capitale officieuse de l’Union européenne, la proximité de la Flandre néerlandophone et de la Wallonie francophone, combinée avec la présence d’une communauté internationale qui opère de plus en plus en anglais, devrait faire de cet idéal européen un objectif plus réaliste que dans la plupart des autres lieux.
Il est possible de devenir multilingue de plusieurs manières. De nombreuses personnes apprennent deux langues ou plus grâce au contact qu’elles entretiennent avec ces langues depuis leur plus jeune âge, par exemple dans le contexte familial, lorsque le père et la mère parlent chacun une langue différente à leur enfant et utilisent parfois même une troisième langue entre eux. Le multilinguisme peut également provenir du fait que la langue parlée à la maison diffère de celle utilisée à l’école, avec les amis ou les voisins. Enfin, de nombreuses autres personnes deviennent multilingues plus tard dans leur vie, par exemple suite à une migration, ou grâce à la télévision ou à l’internet, ou via l’enseignement formel sous la forme de cours de langue étrangère, ou d’enseignement en immersion ou en submersion.
Certaines personnes assimilent une langue plus rapidement que d’autres, mais aucun obstacle majeur n’entrave l’acquisition d’une seconde langue. Dans de nombreux pays, le bilinguisme est la norme plutôt que l’exception, indépendamment des différences d’intelligence ou d’aptitude linguistique. Le facteur clé dans l’apprentissage d’une langue est la pertinence de celle-ci pour la vie quotidienne de l’apprenant. Une langue utilisée dans son environnement offrira de nombreuses occasions de la pratiquer dans un contexte réel. Toutefois, l’objectif ne doit pas être trop ambitieux, particulièrement pour des adultes qui disposent de peu de temps pour combiner l’étude systématique à la pratique. Il ne faut pas viser une maîtrise totale d’une deuxième ou troisième langue. Même les personnes unilingues sont parfois très loin d’une connaissance « parfaite » de leur langue maternelle. La capacité de tenir des conversations ordinaires avec des personnes ayant une langue maternelle différente devrait déjà se révéler suffisamment ambitieuse, et extrêment gratifiante.
Non. Tant les enfants que les adultes sont capables d’apprendre d’autres langues, mais il existe des différences au niveau des méthodes d’apprentissage. Dans le cas de jeunes enfants, la langue est acquise spontanément à la maison, au sein de la communauté ou à l’école. Un avantage de l’apprentissage précoce est que les enfants maîtrisent plus aisément la prononciation d’une deuxième langue que les adultes. De plus, ils s’épargnent une bonne dose d’effort d’apprentissage délibéré, même s’ils doivent également distinguer et déchiffrer les différents codes et systèmes d’écriture des langues utilisées autour d’eux. Cet apprentissage double ou multiple demande davantage de temps et d’investissement que la compréhension d’un seul code, et peut temporairement ralentir l’acquisition d’une ou de toutes leurs autres langues par rapport aux enfants unilingues. Ce faisant, cependant, les enfants multilingues développent plus de compétences cognitives. En outre, si les conditions sont favorables, et particulièrement si le contact avec les différentes langues est suffisant, ils auront souvent rattrapé leurs camarades unilingues vers la fin de l’école primaire, si pas plus tôt. Si les diverses langues ne sont pas largement présentes dans l’environnement naturel des enfants, leurs parents, baby-sitters et enseignants devront faire l’effort de planifier et mettre en oeuvre une stratégie linguistique adéquate pour assurer une exposition suffisante à chacune des langues apprises.
Dans le cas d’adolescents ou d’adultes, l’apprentissage des langues est généralement plus formel et demande un effort plus conscient. Les apprenants adultes sont capables d’analyser consciemment la nouvelle langue et d’utiliser différentes stratégies d’apprentissage qui les aideront à accélérer le processus. Si la motivation et les contacts avec la langue sont suffisants, les adultes apprendront souvent plus rapidement que les jeunes enfants, tout en gardant généralement toute leur vie un « accent étranger ». Cependant, les adultes qui souhaitent devenir multilingues devront trouver le temps et les moyens d’assister à des cours de langues et surtout les occasions de les pratiquer, de préférence avec des personnes dont c’est la langue maternelle. Cet objectif devrait être moins problématique à Bruxelles qu’en beaucoup d’autres lieux, à condition de ne pas rester confiné dans les frontières de sa propre communauté linguistique.
Diverses méthodes d’apprentissage d’une langue existent ; chacune comporte son lot d’avantages et d’inconvénients. Il est primordial que l’approche choisie corresponde à la situation, à la personnalité et aux attentes de l’apprenant. Ainsi, l’apprentissage informel d’une nouvelle langue par la communication avec des personnes dont c’est la langue maternelle (par exemple grâce à un séjour à l’étranger) peut procurer d’excellentes compétences communicatives, tandis que l’enseignement formel dans une classe offrira une meilleure maîtrise de la grammaire et un vocabulaire plus précis. La méthode qui convient le mieux à un adulte n’est pas nécessairement la meilleure pour un enfant. De même, la stratégie la plus efficace pour une personne très sociable ne l’est pas forcément pour une personne plus timide. Et si vous souhaitez acquérir une langue pour des raisons purement professionnelles, il est logique de vous concentrer sur le jargon de votre profession, tandis qu’une personne qui souhaite utiliser une langue pendant les vacances s’en tiendra à un vocabulaire général d’usage courant. Toutefois, quelle que soit la méthode initialement utilisée, l’apprentissage d’une langue étrangère, à l’instar de celui de la langue maternelle, est un processus qui ne sera jamais achevé. Le meilleur moyen de continuer à apprendre une langue (et du reste aussi de l’entretenir ) est de continuer à la pratiquer, tant activement que passivement. Nos principaux professeurs de langues sont les nombreuses personnes qui se montrent suffisamment patientes pour nous écouter et bavarder avec nous dans une langue que nous ne connaissons pas très bien, mais que nous avons l’audace d’utiliser. Néanmoins, l’enseignement formel a son rôle à jouer et les diverses méthodes ne sont pas toutes également efficaces.
Les méthodes scolaires traditionnelles d’enseignement, encore utilisées dans une certaine mesure aujourd’hui, se concentrent sur l’étude de règles de grammaire et de listes de vocabulaire. Elles imitent dans une large mesure les méthodes utilisées pour enseigner les langues mortes telles que le latin et le grec, et comprennent seulement une composante réduite de pratique communicative. Elles peuvent fournir de bonnes bases langagières aux apprenants adultes, mais elles sont rarement efficaces en l’absence de pratique orale en dehors des cours. À l’heure actuelle, les méthodes moins formelles sont souvent considérées comme bien plus appropriées, tout particulièrement pour de jeunes élèves.
L’enseignement par immersion implique l’apprentissage de certaines matières autres que les langues (les mathématiques ou l’histoire, par exemple) dans une langue différente de celle des élèves, par ailleurs utilisée pour l’enseignement des autres matières. Une version soigneusement élaborée de cette méthode est appelée « Enseignement d’une matière par intégration d’une langue étrangère » (EMILE) ou « Content and Language Integrated Learning » (CLIL) . Un certain nombre d’écoles belges y ont systématiquement recours, principalement en Wallonie, de même que les établissements du réseau des Écoles européennes, y compris les cinq situés à Bruxelles. Cette méthode d’apprentissage via l’enseignement d’une matière dans une langue autre que la langue maternelle n’est bien sûr pas limitée à l’enseignement primaire et secondaire. En effet, elle est fréquemment utilisée dans l’enseignement supérieur et dans l’enseignement pour adultes. Par exemple, toutes les universités belges proposent désormais des cours en anglais, accessibles tant aux étudiants locaux qu’aux étudiants étrangers.
Malgré le large consensus actuel concernant la supériorité de l’enseignement des langues par immersion plutôt que par les méthodes traditionnelles, certains doutent qu’il ne soit pas approprié dans tous les contextes. Son efficacité dépend, par exemple, de la proportion d’élèves qui ont pour langue maternelle la seconde langue de l’école et auront dès lors tendance à l’utiliser entre eux. (Ce serait notamment le cas pour de nombreuses écoles néerlandophones de Bruxelles et de sa périphérie, si celles-ci pratiquaient l’immersion en français). Son efficacité dépendra également de la proportion d’élèves qui ne possèdent aucune des langues d’apprentissage comme langue maternelle : pour eux, il s’agira plutôt d’une double submersion.
Les émissions télévisées et les films diffusés dans d’autres langues sont certainement de bons outils d’amélioration de nos compétences personnelles, tout spécialement si le contact spontané avec la langue dans la vie quotidienne est limité. Pour les enfants en particulier, la combinaison des paroles et du visuel peut augmenter l’intérêt qu’ils portent à ce qui est dit. Pour les téléspectateurs qui savent lire, les sous-titres dans leur meilleure langue ou dans la langue de l’émission peuvent faciliter grandement l’apprentissage tant des structures que du vocabulaire. Malheureusement, les chaînes de télévision en français et dans d’autres langues largement répandues ont tendance à recourir au doublage plutôt qu’au sous-titrage. Toute initiative en direction d’une augmentation du sous-titrage sur les chaînes francophones de Belgique serait la bienvenue, y compris par exemple pour les interviews menées en anglais ou en néerlandais. Il est cependant évident que si regarder des films et autres émissions contribue grandement au développement des compétences passives, cela ne remplace en aucun cas une pratique active de la langue. Au cours des dernières décennies, l’internet est progressivement devenu un moyen facilement accessible pour nous confronter à des langues différentes de notre langue maternelle et les pratiquer. La possibilité de communiquer avec des personnes aux quatre coins du monde a augmenté les chances de lire, mais également de parler et d’écrire d’autres langues. Les réseaux sociaux et les forums, en particulier, requièrent de l’utilisateur une participation active à la conversation en ligne. Si nous avons la volonté d’utiliser ces opportunités inédites pour communiquer dans des langues autres que notre langue maternelle — plutôt que d’obéir à la loi du moindre effort, l’internet constitue un outil fantastique d’apprentissage des langues.
Il existe à Bruxelles une grande variété de possibilités d’apprentissage des langues, allant des cours collectifs aux tutorats individuels, quotidiens ou hebdomadaires. Nous avons dressé une liste d’initiatives à Bruxelles qui devrait vous aider à trouver la formule la mieux adaptée à vos attentes. Consultez cette page pour accéder à cette liste. Les mises à jour, corrections et suggestions sont les bienvenues à l’adresse info@marnixplan.org.
Si vous possédez déjà quelques connaissances de la langue, les tables de conversation vous aideront à pratiquer et à améliorer vos compétences. D’autres initiatives vous permettent d’entrer en contact avec des personnes ayant pour langue maternelle les langues que vous voulez apprendre, de manière à vous aider à les utiliser dans un environnement naturel. Vous trouverez une liste des tables de conversation et autres initiatives similaires sur cette page. Les mises à jour et suggestions sont les bienvenues à l’adresse info@marnixplan.org.
Oui, pour autant que ces langues soient présentes dans la famille ou dans l’entourage des enfants. Elles seront alors perçues comme naturelles et utiles à leurs yeux. Par conséquent, une ville multilingue telle que Bruxelles constitue un environnement particulièrement favorable pour élever un enfant multilingue.
Combien de langues les enfants sont-ils capables d’apprendre ? Autant de langues qu’ils éprouvent le besoin de pratiquer et ont la motivation d’apprendre. Il n’y a pas de limite au nombre de langues qu’un enfant peut apprendre autre que la quantité d’interaction et de contact régulier que les enfants ont effectivement dans plusieurs langues. Les enfants assimileront les langues (comme toutes les autres choses de la vie) s’ils ressentent le besoin de les apprendre dans leur vie quotidienne. Si leur entourage (famille, école, amis, etc.) leur parle différentes langues de manière cohérente et suffisante, ils les acquerront.
Premièrement, il est primordial que les parents expriment une attitude positive envers le multilinguisme, afin que les enfants comprennent que la connaissance de plusieurs langues est importante et appréciée. Deuxièmement, les parents doivent décider d’une stratégie linguistique adaptée à la situation familiale et à son environnement, et s’y tenir avec cohérence.
Si les parents ont des langues maternelles différentes et que ces langues sont des langues écrites standardisées, il ne fait aucun doute que la meilleure méthode est la stratégie appelée « à chaque parent sa langue » (OPOL en anglais, One parent one language) : chacun des parents utilise avec cohérence sa propre langue maternelle avec l’enfant et commence à le faire le plus tôt possible, idéalement dès la naissance. Cette méthode offre l’avantage de créer un lien plus intime avec l’enfant et avec ses racines culturelles. Elle est également susceptible d’offrir un bon modèle linguistique, car les parents utilisent la langue qu’ils maîtrisent le mieux.
Si les parents ont l’un et l’autre la même langue maternelle, le bilinguisme de l’enfant à la maison demeure réalisable en utilisant la méthode de la stratégie artificielle, où un des parents utilise une deuxième langue avec l’enfant, différente de sa propre langue maternelle. Cette méthode exige une excellente maîtrise de la deuxième langue et beaucoup de détermination, car ce choix n’est pas le plus naturel. Dans la plupart des familles unilingues, cependant, les enfants deviendront multilingues principalement grâce à une école dispensant des cours dans une langue autre que celle parlée à la maison, que ce soit partiellement ou intégralement. Pour chacune de ces stratégies de base, le rôle des parents et de l’école peut souvent être efficacement combiné avec un contact fréquent avec d’autres personnes (grands-parents ou autres membres de la famille, voisins, professeurs, mouvements de jeunesse, etc.). Ces personnes peuvent aider à renforcer les compétences linguistiques que les enfants ont acquises grâce à leurs parents ou à l’école. Elles peuvent également enseigner une langue différente aux enfants et leur permettre de la pratiquer de manière régulière. Par exemple, un enfant issu d’une famille unilingue francophone pourrait apprendre le néerlandais via une gardienne néerlandophone et en rejoignant, plus tard, un mouvement de jeunesse ou un club de sport qui utilise le néerlandais.
La langue parlée à l’école deviendra probablement la langue la plus forte de l’enfant. Par conséquent, l’aspect linguistique est un élément important dans le choix de l’école, même s’il faut également tenir compte par exemple de la distance entre le domicile et l’école ou du « projet pédagogique » de celle-ci. En tout cas, ce qui constitue l’école idéale dépend fortement de la situation spécifique de la famille.
Dans le cas de familles bilingues, par exemple, si le choix existe entre deux langues pour la langue d’enseignement, il est préférable, toutes choses égales par ailleurs, d’opter pour la langue la moins présente dans l’environnement familial. Si la chose est possible, les parents peuvent également décider d’envoyer leurs enfants dans une école qui utilise une troisième langue, pour qu’ils deviennent trilingues, voire quadrilingues, si l’école offre la possibilité d’immersion dans une autre langue encore, différente de celles parlées à la maison. Cependant, pour que cette méthode marche au mieux, il est primordial qu’un des parents au moins connaisse ou acquière les langues de l’école afin de pouvoir suivre le travail scolaire de l’enfant, tout en continuant à utiliser les langues familiales dans la plupart des autres contextes, de manière à assurer un contact suffisant avec chacune.
Dans le cas de familles unilingues, le choix le plus évident — s’il existe — est une école d’immersion qui utilise la langue maternelle de l’enfant comme une des langues d’enseignement. Pour beaucoup de familles bruxelloises, cependant, ce choix n’existe pas, car leur langue parlée à la maison n’est une langue d’enseignement dans aucune école bruxelloise, ou uniquement dans des écoles qui exigent des frais qu’elles ne peuvent pas se permettre, ou dans les écoles européennes, auxquelles elles n’ont pas accès. Même pour les familles qui utilisent le français à domicile, cette option est souvent inexistante. À Bruxelles, en effet, l’accès aux écoles francophones qui proposent l’enseignement par immersion est limité (une dizaine d’écoles primaires et une vingtaine d’écoles secondaires) et compliqué . L’obstacle principal est la pénurie générale de places, combinée à une procédure d’inscription qui prend en compte différents critères (tels que la catégorie socio-économique ou la distance entre l’école et le domicile). En outre, il n’y a aucune garantie de continuité éducative en immersion entre l’école primaire et secondaire.
La situation pourrait s’améliorer si davantage d’écoles optaient pour un enseignement par immersion ou si des écoles réellement bilingues ou multilingues pouvaient être créées par les autorités belges. En attendant, de nombreux parents envoient leurs enfants dans une école qui utilise une langue différente de la leur. Beaucoup, en fait, n’ont pas d’autre choix.
L’expression « enseignement en submersion » est parfois utilisée pour désigner une situation dans laquelle les élèves suivent les cours dans une langue autre que leur langue maternelle, sans que celle-ci soit utilisée d’aucune manière comme langue d’instruction (au contraire de ce qui se passe dans l’enseignement en immersion). L’enseignement en submersion, ainsi défini, était la règle dans toute l’Europe lorsque la langue officielle des nations naissantes était la seule langue d’instruction et différait souvent profondément des dialectes que les enfants parlaient chez eux. Aujourd’hui, un tel enseignement est chose courante en Afrique, où la langue coloniale fait souvent office de seule langue d’instruction pour des enfants ayant des langues africaines pour langues maternelles. De même, la plupart des enfants issus de l’immigration n’ont pas d’autre choix, y compris aujourd’hui à Bruxelles. Il n’existe tout simplement pas d’école qui propose un enseignement dans leur langue maternelle, et il n’y a aucune chance, pour nombre d’entre eux, qu’il y en ait un jour une. Même si l’arabe standardisé était adopté comme langue d’instruction dans certaines écoles, par exemple, il resterait très différent du dialecte marocain darija, et encore plus des dialectes berbères.
Fréquenter une école dans une langue totalement inconnue avant d’y mettre les pieds peut se révéler une expérience traumatisante. En conséquence d’une scolarité en submersion linguistique, les enfants peuvent souffrir d’un handicap linguistique permanent qui affecte leur apprentissage de toutes les matières et engendre parfois des troubles cognitifs et psychologiques durables. La fréquence de ces effets a donné à l’enseignement par submersion une très mauvaise réputation parmi les experts, en particulier du fait qu’il est souvent associé à une stigmatisation des langues maternelles des enfants.
Néanmoins, un enseignement en submersion peut réussir. De nombreux élèves s’en tirent remarquablement bien et finissent pas maîtriser la langue de l’école aussi bien que la moyenne des élèves qui ont la langue de l’école pour langue maternelle, sans pour autant perdre la maîtrise de leur propre langue maternelle. Comme pour l’enseignement en immersion, le succès de l’enseignement en submersion dépend crucialement de nombreux facteurs, tels que l’attitude, les compétences et le temps dont disposent les enseignants pour prendre en compte les besoins spécifiques des élèves qui possèdent peu ou pas de connaissances préalables de la langue de l’école. Il dépend aussi de la composition linguistique des classes , de la capacité des parents et des enseignants à communiquer entre eux, de l’utilisation cohérente des langues au domicile, et du degré de contact avec la langue de l’école dans les médias ou les activités extrascolaires, ainsi qu’au stade préscolaire.
Dans le contexte bruxellois, il est primordial d’identifier et de renforcer ces facteurs favorisant une submersion efficace. Il sera essentiel de tirer autant de leçons que possible des succès et des difficultés rencontrés dans les nombreuses écoles francophones et néerlandophones, qui n’ont pas d’autre choix que d’offrir un enseignement en submersion à une proportion importante de leurs élèves. Et il sera non moins essentiel de continuer à expérimenter en vue de relever plus efficacement ce défi capital. Voir la brochure publiée par le Onderwijscentrum Brussel pour les parents qui veulent envoyer leurs enfants dans une école maternelle ou primaire néerlandophone.
Les enfants sont génétiquement équipés pour apprendre plusieurs langues au cours de leur développement. Cependant, pour ne pas créer la confusion chez les jeunes enfants, il importe d’être cohérent. Idéalement, chaque parent et chacun des autres adultes qui entretiennent des contacts fréquents avec le jeune enfant devraient s’obliger à toujours lui parler dans la même langue. Chacun d’entre eux doit éviter de passer d’une langue à une autre dans la même phrase, dand la même conversation ou d’un jour à l’autre. En particulier, ils ne devraient pas essayer de parler aux jeunes enfants la langue de la crêche ou de l’école s’ils ne la maîtrisent pas parfaitement. Tenter de le faire n’aide pas leurs enfants à apprendre la langue scolaire. Au contraire, cela leur rend plus difficile de reconstituer les règles de prononciation et de grammaire qui sous-tendent les conversations auxquelles ils sont exposés. Il est en règle générale nettement préférable que les parents se tiennent à leurs propres langues maternelles.
Cet idéal, cependant, est souvent hors d’atteinte, tout particulièrement lorsque la langue maternelle des parents est un dialecte non écrit qui ne possède pas de code établi et qui est truffé d’emprunts d’autres langues. Ce qui constitue la meilleure stratégie en pareille situation dépendra des circonstances spécifiques. Dans tous les cas, les parents qui se trouvent dans cette situation ne doivent nullement se sentir coupables, ni laisser les difficultés linguistiques gâcher la relation émotionnelle qu’ils entretiennent avec leurs enfants. Ils doivent rester fiers de leurs langues maternelles, et, dans la mesure du possible, essayer de les transmettre à leur enfant, tout en veillant à ce que la fréquentation précoce et régulière d’une crèche en français ou en néerlandais aide l’enfant à acquérir une base solide dans une langue standardisée avant son entrée à l’école.
En toute hypothèse, le souci de cohérence peut être assoupli lorsque les enfants deviennent adolescents et que leurs différentes langues sont solidement établies et distinguées l’une de l’autre. En outre, ce souci de cohérence n’empêche pas les parents de parler une autre langue, y compris entre eux et en présence de l’enfant. Il ne les empêche pas non plus de faire, par rapport à cette règle de base, des exceptions clairement circonscrites en termes d’activité, de temps et/ou de lieu. L’enfant comprendra ce changement temporaire des règles et ne sera pas perdu. Pareille exception peut se faire, par exemple, lors des devoirs scolaires, de la lecture d’un livre, de sorties ou de vacances.
Dans une certaine mesure, le mélange des langues correspond à un stade normal du développement d’un enfant multilingue et ne doit pas susciter d’inquiétude. De nombreux parents constatent un tel phénomène, mais avec l’âge, la confusion involontaire aura tendance à diminuer. Par contre, certaines formes de mélange peuvent devenir des caractéristiques permanentes de la communication entre enfants et adultes multilingues. Une de ces formes - que les linguistes appellent code switching - consiste à passer d’une langue à une autre dans une même conversation entre des locuteurs compétents dans les même langues. Une autre forme est l’« emprunt » qui se caractérise par l’utilisation de mots issus d’une autre langue afin de mieux exprimer sa pensée. Il ne s’agit pas là de signes de confusion, mais de la mobilisation d’un répertoire élargi dans un environnement multilingue. En vue de réduire le mélange involontaire et la confusion, il est recommandé que chaque parent parle toujours la même langue avec leurs jeunes enfants pour leur donner un modèle clair.
Pas nécessairement. Par rapport aux enfants unilingues, certains retards sont souvent constatés dans l’activation d’une ou plusieurs langues par l’enfant multilingue. Cependant, ces retards sont difficilement estimables de manière précise car, même les enfants unilingues présentent de grandes différences dans le temps qu’ils prennent à activer leur langue. Voir, par exemple, pour une recherche empirique portant sur le français et le néerlandais. Les enfants doivent « déchiffrer » simultanément des codes différents. Par conséquent, il est normal que ce processus prenne davantage de temps, car ils doivent apprendre les différents mots pour chaque objet, les manières distinctes de les combiner et où, avec qui et comment ils doivent utiliser chacun de leurs systèmes langagiers. Ce retard ne dure généralement pas longtemps, mais il peut engendrer une certaine frustration chez les enfants et chez des parents soucieux d’être rapidement rassurés sur les compétences linguistiques de leur enfant multilingue. Les diverses langues s’épanouiront généralement lorsque l’enfant sera prêt, sans créer de problème particulier. En revanche, il est généralement déconseillé de changer de langue familiale après quelques mois, voire quelques années. Pareille modification a de fortes chances d’induire l’enfant en erreur et d’entraîner des retards supplémentaires, en plus de compromettre, peut-être de manière irréversible, son bilinguisme.
La télévision et les autres médias diffusés dans des langues différentes de la langue maternelle de l’enfant sont d’excellents moyens de développement de son multilinguisme. La diversité croissante des choix disponibles grâce à la télévision par câble ou satellite et grâce à l’internet, représente à la fois une aubaine et une malédiction pour l’apprentissage des langues. Une aubaine en raison de la diversité des langues aujourd’hui accessibles par cette voie, mais également une malédiction, car, si le choix est laissé aux enfants, la loi du moindre effort conduira souvent à la sélection d’émissions audiovisuelles dans la langue qu’ils maîtrisent le mieux. En outre, l’abus du petit écran couplé à un zapping fréquent et à la grande fragmentation des programmes destinés aux enfants peut avoir des effets négatifs sur la capacité des enfants à rester concentrés de manière prolongée. Par conséquent, l’internet et la télévision peuvent se révéler des instruments merveilleux au service du multilinguisme, mais de plus en plus seulement si leur utilisation est suffisamment contrôlée par les parents. Cette surveillance n’est pas toujours facile dans de nombreux contextes familiaux. Mais il n’en découle pas qu’une amélioration est impossible. En particulier, les parents doivent encourager leurs enfants à regarder des émissions dans les langues qu’ils ont à apprendre, avec des sous-titres soit dans ces mêmes langues, soit dans leur langue maternelle. Pareille pratique a toute chance d’avoir un impact positif non négligeable tant sur leur compétence orale que sur leur capacité de lecture.